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LUCIEN GROUNAUER (1906-1997)
« Réalité poétique » Du 28 août au 25 octobre 2026
Lucien Grounauer "Maroc" - 1973
Né dans une famille de cabinotiers* installée à Genève depuis plusieurs générations, Lucien Grounauer est âgé de 10 ans, quand à la suite de diverses circonstances professionnelles, son père décide de se fixer au Locle avec sa famille. Les premières études terminées, il fera un séjour fructueux à l'Académie Loup de Lausanne, avant de passer à l'Ecole des Beaux-Arts de Genève, dont il ne garde aucun souvenir - Pignolat, Alfred Martin, Louis Gaud n'y étaient plus -. Dans la liberté d'esprit la plus totale, ce sont alors des voyages pour découvrir les "grands" de tous les temps dans les musées de Belgique, d'Italie, de France et de Paris surtout. C'est en 1931 que trois toiles du peintre sont acceptées par le jury de l'Exposition nationale qui a lieu à Genève: son oeuvre "Les soucis" ne laisse pas la critique indifférente. Par la suite, diverses expositions se suivent à Paris, Neuchâtel, Genève, Winterthur. Cette peinture faite de paysages et de portraits essentiellement - il fait une carrière de portraitiste pendant 15 ans - ne connait ni l'influence du cubisme, ni celle du fauvisme pas plus que l'abstraction. Le peintre Renoir restera un grand exemple pour Grounauer; il travaille sans se préoccuper d'une certaine critique qui ne comprend pas très bien, dans le bouillonnement des recherches contemporaines, cette fidélité à l'impressionnisme. Et pourtant ! Se souvient-on qu'au lendemain de 1918 déjà, les mêmes reproches s'adressaient à Dunoyer de Segonzac, Luc-Albert Moreau et Boussingault ? Or, en 1945, sous le signe de Bonnard, c'est le même phénomène qui se reproduit avec Brianchon, Planson, Legueult. C'est à cette tendance que pourrait être rattaché Lucien Grounauer : la réalité poétique. La forme est souple et sensible, la lumière joue avec délicatesse sur les objets, la touche garde tout son pouvoir de séduction. Poésie des choses, joie de vivre et de créer, la peinture de Grounauer, à travers et malgré les années grises (1939-1945 ndlr), sans y être insensible, n'a jamais voulu exprimer autre chose.
* Un cabinotier est, historiquement, un ouvrier horloger genevois spécialisé du XVIIIe et XIXe siècle, travaillant à son compte dans un petit atelier nommé « cabinot », situé sous les toits pour bénéficier de la lumière naturelle. Ces artisans hautement qualifiés étaient connus pour leur savoir-faire exceptionnel, fabriquant des montres complexes, et sont aujourd'hui considérés comme les pionniers de la Haute Horlogerie
Exposition Lucien Grounauer à la Galerie des Amis des arts M. Alex-Billeter excusa tout d'abord l'absence de M. Jean-Paul Robert, président de la société, puis M. Aurèle Cattin prit la parole. On ne présente pas Lucien Grounauer, dit-il, à un public de Neuchâtelois, et par surcroît de connaisseurs, tant sa peinture est connue et appréciée. Grounauer est, il a été et il reste notre meilleur portraitiste ; s'il n'y a ici qu'un unique portrait de jeune fille bien moderne, c'est que les acquéreurs gardent jalousement ces portraits, qui sont ceux d'enfants, d'adolescents, de femmes, de personnalités diverses de la société neuchâteloise. Grounauer est ensuite un extraordinaire paysagiste. Voici ses fameux paysages de neige avec leurs étendues soufflées par la bise, ces villes hivernales où les rues silencieuses sont emprisonnées entre leurs remblais glacés. Passons à des saisons plus clémentes : voici Neuchâtel, son port, ses voiliers, ses coteaux aux vues plongeantes; voici le lac de Morat et le Vully en fleurs. Voici le Midi avec ses campagnes blondes, ses plages bariolées, sa végétation luxuriante, ses femmes nues dorant leur beauté au soleil des plages. Paris nous offre un aspect inattendu : la place de la Concorde sous un ciel jaune pâle. Les paysage d'Espagne chantent sous la fixité da la chaleur qui eclate de partout. Voici la Bretagne avec ses ciels pommelés. Autre face de ce riche talent : les natures mortes, bouquets sécrétant d'invisibles parfums. Le secret de la joie de vivre Faut-il souhaiter, demande M. Cattin, qu'un tel peintre se mette la mode du jour et qu'il se lance dans le non-figuratif ? Non. Que faux chefs-d'œuvre cache notre peinture moderne ! II est beau de voir un artiste chanter la possession physique du monde en sacralisant le visible avec talent, sagesse, amour et poésie. Dans un cadre moulé au gré de la sensibilité, ce que Lucien Grounauer nous révèle, c'est le secret de la joie de vivre. A ces considérations si justes et si nuancées de M. Aurèle Cattin, il n'y a rien d'essentiel à ajouter, tant il a bien défini le climat esthétique où s'est élaboré l'art de Grounauer. Peut-être y aurait-il lieu simplement de chercher par quels chemins le peintre s'est élevé à une vision aussi pure et aussi raffinée. Si le peintre abstrait court le risque de succomber l'esprit de système, le peintre figuratif est exposé au danger de voir le pittoresque du réel noyer la vision esthétique et le détail l'emporter sur l'ensemble. A l'oeuvre qui est une simple prise de vue, enregistrant la multiplicité plus ou moins arbitraire du spectacle de la vie, Grounauer, par une ascèse eshétique consciente, tend à substituer une vision savamment structurée, qui va s'élever jusqu'à la spontanéité pure, à la vibration exquise d'une ivresse délicieuse et raffinée. Trois voies bien distinctes Cette élaboration, celte recherche épouse trois voies bien distinctes, qui sont autant d'aboutissements. Il y a le paysage hivernal où les ciels brouillés répondent aux étendues enneigées parcourues de petits traits foncés, piquets, troncs d'arbres ou branchages, qui figurent là comme des portées avec leurs noires, leurs croches et leurs doubles croches. Signe de réussite : la chaleur de ces paysages hivernaux. Le paysage d'été présente en générel un premier plan d'arbustes, explosion de sève, exubérance et orgie de couleurs, se profilant sur le bleu sombre, intense et profond de la mer ; c'est un hymne délirant, mais toujours très bien ordonné, à la beauté insensée de la nature. Enfin, ce sont les nus d'une grandes pureté, où la chair, diaphane et extasiée, se fait attente et contemplation. Ici, une jeune femme se dresse face un rocher dont la dureté fait ressortir par contraste la fragilité tendre et grave de sa chair. Ailleurs, dans une œuvre intitulée "Sur la plage", face au sable et à la mer, deux corps se présentent à nous triomphalement : l'un, couché, qui dit le plaisir du repos et de la détente ; l'autre, dressé, dont le regard, projeté vers te lointain, reflète un rêve empreint de grandeur et de mélancolie P.-L. B. Source : article présentant une exposition de Lucien Grounauer à la Galerie des Amis des arts
«Liliane Méautis» tableau de Lucien Grounauer - 65 cm x 55,5 cm - 1939 Lucien Grounauer S'il est un artiste neuchâtelois à qui l'on peut accoler l'épithète de brio, c'est bien Lucien Grounauer. Né au Locle en 1906, il choisit, dès la sortie de l'école, la voie de la peinture, négligeant l'avis de ses maîtres qui voulaient en faire un gymnasien. A Lausanne, il suit les cours de l'Académie Loup, puis à Genève, l'Ecole des beaux-arts qui, selon ses dires, ne lui apporte rien. Grounauer, voulant travailler sur le tas, part pour Paris où il préfère le contact des écrivains et des journalistes à celui des artistes. Aspirant au calme, au travail régulier, il revient dans sa ville natale, produit portraits et natures mortes, s'essaie à toutes les techniques... bref, complète un apprentissage qui fait de lui un peintre polyvalent, tant dans les sujets que dans les genres abordés. Grounauer fait les décors de manifestations théâtrales et sportives, crée des affiches, illustre de lithographies certains ouvrages, tel «Le salut à mon pays» de Jules Baillods (1949), et peint une série de cinq fresques à l'usine Dixi. Doué d'un beau tempérament, d'un métier sûr, Grounauer, dans un premier temps, produit des toiles denses, sobres, relativement peu colorées et généralement vouées au monde des humbles. De cette époque date La femme accoudée, L'apprenti, L'éplucheuse de légumes, un grand Maréchal ferrant ou encore une Pieta, qui doit davantage à l'humain qu'au religieux. C'est dans cette veine que s'inscrit l'étonnant Chômage (musée du Locle), toile poignante et engagée où il est piquant de voir un peintre, réputé plus tard de «mondain», être pratiquement le seul à évoquer ainsi le phénomène social de la crise de 29 et d'arriver à en traduire l'angoisse avec une évidente économie de moyens. Dès les années trente, Grounauer expose sur le plan national, de même qu'à l'étranger, présent par exemple au Salon des artistes français. C'est également le début d'une série de portraits qui font de lui un des grands spécialistes du genre, avec des réussites incontestables: Léon Savary, Hans-E. Bühler, industriel de Winterthour et grand collectionneur de Géricault, le chirurgien Grounauer (oncle de l'artiste), le conseiller fédéral Max Petitpierre. Ces oeuvres sont caractérisées par un climat intime, cernant la personnalité du modèle qui, par la vie même que lui confère le peintre, prend contact avec le spectateur dans un contexte de monumentalité. Côté féminin, Grounauer cède au charme et parfois à la mondanité; mais il peut se montrer d'une criante vérité, comme dans le beau portrait de Liliane Méautis. Avec les années, la peinture de Grounauer se colore. Touchant à de multiples sujets, il produit des nus somptueux, des natures mortes lumineuses, notamment de fleurs. Enfin, il consacre une part importante de son activité au paysage, traitant avec truculence les rives du lac, la nature luxuriante du Midi et les villes marocaines. Du Jura, il laisse de superbes paysages hivernaux, rendant avec verve et, paradoxalement, avec charme la rigueur du climat, la sensation du froid, l'inconfort de l'humidité. Gérald Comtesse (Texte extrait de son livre "Les peintres neuchâtelois")
Exposition au Grand salon des Annonciades: « Réalité poétique » LUCIEN GROUNAUER Du 28 août au 25 octobre 2026
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